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    1] La s├Ęcheresse


Ce qui fait d'un désert une étendue « désertique », c'est le manque d'eau de pluie, ce qu'on appelle la sècheresse. Officiellement pour qu'une région soit déclarée désertique, il faut que les précipitations soient inférieures à 254 mm par an. Un temps sec de cette sorte transforme un tiers de notre planète en désert où il est très précaire pour l'homme de s'installer et d'y survivre.

 

Le Sahara est le désert le plus chaud et le plus sec ; avec ses 9,1 millions de km2, il est plus étendu que les Etats-Unis (sans l'Alaska et Hawaï); la température la plus élevée relevée dans ce désert est de +58°C en Lybie en 1922. Cela semble contradictoire, mais le plus grand désert au monde est l'Antarctique; celui-ci est couvert de glace et de neige alors qu'il ne tombe pas plus de 127 mm de précipitations annuellement au centre du continent; il est vrai que lorsqu'on observe ce continent, on voit de la neige à perte de vue; mais celle-ci s'est accumulée depuis des millions d'années pour former une couche de 3000 m d'épaisseur. Certaines parties de l'Antarctique sont totalement sèche car les vents violents ne permettent pas aux neiges de se fixer sur les rochers.

 

La plupart des déserts peuvent être chauds « comme l'enfer » : c'est ce qui se passe dans la vallée de la Mort où la chaleur est incroyable; au plus chaud de l'été le mercure peut monter, une demi-heure après le lever du jour, jusqu'à +52°C; la chaleur étouffante et écrasante dure toute la journée et ce n'est qu'après le coucher du soleil que le mercure redescend vers +40°C avec une impression de fraîcheur pour celui qui y a passé la journée. Ce point du globe est un piège à chaleur située dans une grande cuvette naturelle; c'est aussi un des déserts les plus bas du globe à 82 m sous le niveau de la mer; lors de l'été torride de 1913 on a pu atteindre la température la plus élevée depuis le début des enregistrements météorologiques : +57°C.

 

Les désert et la sècheresse ne sont jamais permanents et d'ailleurs l'histoire du Sahara nous en apprend beaucoup sur le sujet avec quelques surprises de taille ! Des photos satellites prises par la navette spatiale indiquent la présence de couche rocheuses, de collines et de vallées  à 4 ou 5 m sous la surface actuelle; curieusement on a même découvert des vestiges de fleuves qui y coulaient et qui, il y a 35 millions d'années, étaient plus large que le Nil actuel. De grands arbres poussaient sur leurs rives. Il y a 200.000 ans des hommes sillonnaient le Sahara pour chasser des animaux sauvages dans les forêts de chênes et de cèdres. Il y a encore 2000 ans le Sahara était le grenier à blé des Romains. Alors que c'est-il passé pour que tout parte en quenouille ?

 

 

Le Sahara était couvert d'un sol fertile mais ne pouvait suffire à nourrir qu'une quantité limitée de bêtes et d'hommes à la condition sine qua non : une utilisation pas trop intensive des sols agricoles; malheureusement, les Egyptiens puis les Romains on pratiqué une culture intensive qui a provoqué une érosion progressive mais irrévocable de ces bonnes terres; l'humus si propice à la vie, partant peu à peu en poussière, a fini par laisser la place à un sol caillouteux ou à des dunes de sable impropres à la culture. C'est donc la mauvaise exploitation de cette vaste région par l'homme qui est responsable de ce désastre écologique. Est-ce une leçon retenue par les civilisations suivantes ?

 

Ce cas n'est malheureusement pas isolé et de nombreuses civilisations ont disparu au cours de processus semblables. La tribu indienne des Anasazi au Nouveau Mexique fut exterminée par  la sècheresse prolongée qui a sévi au XIIIe siècle. Mais la sècheresse récente la plus terrible connue aux Etats-Unis dans les grandes plaines date des années 30;  pendant 5 longues années la région fut balayée par des vents secs et chauds empêchant toute pluie d'abreuver le sol; ce phénomène de sècheresse se reproduit régulièrement tous les 20 à 25 ans, mais cette fois-ci la situation devient dramatique car les pionniers ont défriché sans vergogne des zones entières pour leurs cultures sans prendre en compte les effets nocifs de ces vents et de l'érosion ; non seulement ils arrachèrent les herbes qui tenaient bien le sol dans leurs racines, mais exterminèrent du même coup les bisons; au début ce fut l'extase devant une production agricole hors du commun avec des moissons extraordinaires....... puis arrivèrent les années 30 !

 

La sècheresse commença en 1930 et les vents s'intensifièrent en 1932; ceux-ci arrachèrent la couche superficielle de bonne terre transformée en poussière par le manque d'eau. Les nuages de poussière de plus en plus épais pendant des jours puis des semaines, commencèrent par obstruer le ciel qui devint bientôt sombre, empêchant même les rayons de soleil d'atteindre le sol; les paysans ne purent rien faire d'autre que de regarder leurs champs disparaître et ils n'eurent que les larmes de leur corps pour noyer leur chagrin; ce désastre écologique n'avait été prévu par personne ! Des monticules de sable et de poussière formèrent des congères jusqu'à 6 m de haut et certaines granges ou fermes furent carrément ensevelies. En mai 1934 un grand nuage de poussière s'étendit de l'Alberta au Canada jusqu'au Texas, c'est dire ! Les oiseaux périrent par millions dans l'air suffoquant; à 500 km des côtes Est les bateaux étaient déjà cernés par des tourbillons de poussière. Lors d'une seule tempête en 1935 on estima à 12 millions de tonnes les poussières retombées sur la ville de Chicago. Jusqu'en 1935, un total de 800 millions de tonnes fut ainsi arraché de la surface des grandes prairies; 4768 personnes décédèrent de problèmes respiratoires ou de coups de chaud.

 

 

C'est le thème de John Steinbeck dans « les fruits de la colère » et de Woodie Guthrie qui nous racontent ces années terribles où les chômeurs, rôdeurs et SDF allaient chercher leur pitance dans les soupes populaires. Plus de 1 million de personnes abandonnèrent leurs terres agricoles sinistrées pour fuir dans les villes où la plupart n'eut d'autre choix que de survivre en tant que demandeur d'emploi. C'est donc non seulement une catastrophe économique que les pionniers ont engendré sans le savoir, mais aussi un véritable cataclysme social !

 

Lorsqu'en 1936 les pluies firent enfin leur retour tant espéré, on prit des mesures destinées à éviter à l'avenir ce genre de fléau. On installa des barrières à vents et des bosquets, on mit moins de terre en culture et on irrigua mieux les sols. Mais les leçons de ce désastre furent vite oubliées; on commence de nouveau à couper les arbres plantés à cette époque sur une grande échelle sans reboiser et les cultures sont de nouveau plus étendues avec un nouvel essor de l'érosion; la situation des grandes prairies reste très précaire et quelques années sèches consécutives pourraient reproduire le terrible phénomène des années 30.

 

En 1988 la sècheresse fut de retour dans le centre des Etats-Unis avec des vents violents qui attisèrent de grands feux de forêts; des milliers d'incendies de ce type furent recensés et 1 million d'hectares partirent en fumée; l'incendie le plus grave ravagea le célèbre parc de Yellowstone dans le Wyoming en détruisant 607.000 ha de forêts; ce fut l'occasion de mettre en place la plus grande opération de lutte contre les incendies jamais effectuée au monde; 100.000 personnes luttèrent contre les flammes mais cela ne servit pas à grand chose puisque le feu continua ces ravages pendant 3 mois;  le coût de ce nouveau désastre écologique coûta plusieurs centaines de millions de dollars.


 

La sècheresse des années 1975/1976 fut impressionnante dans notre pays mais ce fut l'une des grandes catastrophes naturelles du Royaume Uni car ce fut le cas le plus grave recensé pour les 1000 dernières années dans le pays; près d'un million d'Anglais furent obligés de chercher de l'eau dans des citernes d'approvisionnement car les réservoirs d'eau potable des communes furent totalement taris ; le très célèbre gazon britannique fut brûlé par le soleil, les rendement de lait fut en nette régression et les moutons n'arrivaient plus à grossir; la production des légumes fut sinistrée; des milliers d'hectares de plantations d'arbres et de plantes furent détruits par le feu; les pertes des céréaliers fut évaluée à 500 millions de livres sterlings.

 

La flore et la faune subirent beaucoup de pertes; les arbres privés d'eau sur une longue durée ne purent résister à certaines maladies ou à certains insectes; la maladie des ormes leur fut fatale, ce qui fut aussi le cas dans notre région. Des espèces d'oiseaux furent gravement menacées car ils ne trouvèrent que peu de nourriture. La sècheresse provoque des dégâts financiers considérables; dans les années 80 les étés secs furent nombreux et leurs effets néfastes; certaines maisons furent fissurées car leur fondations devinrent instables comme ce fut le cas dans notre région.

 

Mais n'oublions pas le Sahel en Afrique qui souffre de l'extension du désert à cause des sècheresses à répétition, soit 2,5 millions de km2 en Ethiopie où la durée de vie des habitants n'est plus que de 46 ans ; la saison des pluies y est très courte et l'économie agricole y est si fragile qu'en cas de mauvaise saison peu arrosée la population est frappée de famine et les victimes meurent par milliers. De 1969 à 1976 et de nouveau durant les années 80 il n'y eut que très peu de précipitations, rien d'étonnant de voir le désert s'agrandir d'année en année. En 1973, 100.000 personnes périrent au Sahel; 500.000 autres de 1984 à 1985; les sècheresses des années 90 mirent 4 millions de personnes en état de famine grave et désespéré au sein d'une population qui, depuis les années 70, compte déjà plus de 1 million de victimes.

 

 


  par Jean BECK