Association CLI.M.A. 57-67-68
Identification
 
Nouveau? Créer un compte !
´╗┐
Dossiers météo-climato-photo


    1] le climat de 1718 ├á 1752 en Moselle Alsace


Le climat de 1718 à 1752 en Alsace-Moselle

La première moitié du  XVIIIe siècle

 

De 1718 à 1726 : série d'années en général chaudes avec des vendanges précoces, mais entrecoupée d'années plus fraîches

Cette période débute par deux années exceptionnellement chaudes, avec les étés les plus brûlants et les plus secs du siècle, en 1718 et 1719. On a par ailleurs pu relever un maximum d'activité solaire durant l'année 1718, ce qui peut expliquer en partie le phénomène. Dès cette année, vu les conditions favorables avec un printemps déjà très chaud et un été extraordinairement ensoleillé, les vendanges sont précoces et abondantes pour donner également d'excellents vins.

En 1719 la sècheresse sévit déjà avant le printemps puisque le mois de mars ne connaît guère de pluie; il est suivi par des gelées tardives en avril puis, mai et juin sont des mois splendides, mais toujours trop secs; l'été reste l'un des plus chauds de cette période et dure  jusqu'en septembre; le soleil omniprésent finit par brûler le blé dans les champs où la terre commence rapidement à s'effriter en poussière que le vent disperse. Le raisin aussi dessèche à cause du vent étouffant qui souffle de manière presque continue cet été-là. Même si les vendanges précoces ne sont pas abondantes, elles sont qualifiées de bonnes; les vins sont exceptionnellement bons.

Après une année 1720 plus tempérée, 1721 connaît de fortes pluies et des inondations, notamment dans le Haut-Rhin où, à titre d'exemple, l'église de Feldbach est très endommagée par une crue subite et violente; cette fois-ci, à cause des pluies répétées, les vendanges et les récoltes sont dans l'ensemble mauvaises dans la région.

En 1722, pour freiner la déforestation des Vosges et de l'Alsace qui menace  d'effondrement de pans entiers de collines ou de montagnes sous les assauts des pluies torrentielles (car ils ne sont plus retenus par les racines des arbres), il est interdit d'exporter le bois, notamment vers un pays qui en a cruellement besoin, les Pays-Bas. Aussitôt le prince d'Orange réagit en ordonnant le boycott de tous les produits alsaciens, y compris notre bon vin dont les Hollandais sont très friands; nos viticulteurs et négociants perdent ainsi un marché important jusqu'ici très rentable.

En 1723 l'hiver est de nouveau doux et l'été reste dans la tendance de l'époque : il est caniculaire ave les mêmes conséquences que les années précédentes. En 1724 ce sont les crues du mois de janvier qui défraient la chronique mais l'été est de nouveau sec et chaud; l'Alsace profite de nouvelles vendanges qualifiées de très bonnes. En 1725 c'est tout le contraire : l'été est totalement raté, extrêmement pluvieux; le blé pourrit sur les épis, les récoltes sont mauvaises et les vendanges tardives sont catastrophiques.

De 1726 à 1728 : trois années très chaudes

En 1726 l'été redevient caniculaire comme les deux étés suivants mais ce n'est pas la sècheresse ; les vendanges sont précoces mais également très bonnes alors que les récoltes sont plutôt abondantes. En 1727 c'est exactement le même type de temps. L'année 1728  sort un peu de l'ordinaire car, le 3 août, en Alsace, a lieu un tremblement de terre assez violent  avec des dégâts matériels parfois importants dans la zone la plus touchée qui se situe de Colmar à Strasbourg. Pour clore l'année, le 24 décembre, une terrible vague de froid s'engouffre sur la région.

De 1729 à 1738 : série d’années  avec  des hivers souvent froids et avec des étés très contrastés

 L'hiver 1729 est très froid en janvier avec les rivières prises dans les glaces puis, après une accalmie en février, l'hiver reprend de la vigueur de mars à la mi-avril avec des quantités importantes de neige. L'été qui suit ressemble aux précédents car il est tout aussi caniculaire. En 1730 l'hiver est de nouveau glacial et neigeux mais l'été ne répond plus aux souhaits des agriculteurs et des viticulteurs : le temps reste très mitigé, les moissons sont peu rentables et en partie dévorées par les souris qui envahissent les campagnes alsaciennes; les vendanges sont également pauvres.

En 1731 l'hiver est également rude et long, puis, le reste de l'année reste très sec, ce qui favorise le pullulement de chenilles qui ravagent les jardins et les vergers; les récoltes sont tristement insuffisantes. Si l'hiver 1732 est bien moins froid, l'année est pluvieuse dans l'ensemble; on récolte peu de grains  en Alsace. Dès 1733 les denrées alimentaires sont de nouveau chères à cause des mauvaises récoltes passées et ce, malgré les récoltes très correctes réalisées cette année-là; les vendanges sont par contre mauvaises car le temps n'a pas été très chaud en été ! Des orages mémorables s'abattent sur la région ; l'un d'entre eux, très violent,  s'acharne sur la région de Guebwiller : d'énormes grêlons tombent à cette occasion, les plus lourds tuent des chevaux dans les prés, c'est dire ! En 1733 une épidémie d'influenza, maladie qui provoque beaucoup de toux et de fièvre, fait de nombreuses victimes dans la population affaiblie par la malnutrition.

En 1734 ont lieu de petits tremblements de terre à répétition, ce qui n'est pas fait pour rassurer les gens. L'année est marquée également par de fortes pluies et par des inondations; en décembre une forte crue de l'Ill détruit une bonne partie du bétail du village d'Oberhergheim dans le Haut-Rhin. Si le temps n'a pas de grandes sautes d'humeur en 1735, il faut cependant noter de nouvelles épidémies qui frappent les villes de Haguenau, Strasbourg et Sélestat, tandis que la région de Molsheim souffre d'une épizootie de peste bovine qui décime le bétail. En 1736, après un hiver dans les normes, ce sont les gelées du mois de mai qui détruisent une partie du vignoble alsacien jusqu'à la hauteur de Colmar. Le mois de juillet est très chaud. La Lorraine est touchée à son tour par les épidémies avec une forte mortalité.

L'hiver 1737 est de nouveau très rigoureux; le temps est frais et pluvieux en été avec des moissons pauvres et des vendanges médiocres. C'est le contraire en 1738, année qui profite d'un beau printemps et d'un été resplendissant;  le mois d'août est très chaud. Les moissons sont bonnes mais il y a peu de vin à cause du temps resté trop sec.

De 1739 à 1752 : série d'années à hivers froids

1739 commence dans une certaine douceur mais avec des tempêtes tournant parfois à l'ouragan au mois de janvier: on déplore des dégâts aux habitations mais surtout dans les forêts où de nombreuses futaies sont couchées par la violence du vent. Le pire reste à venir : l'automne connaît un froid précoce qui anéantit la récolte de pommes de terre, la nourriture des pauvres ! Pour les viticulteurs l'année et bonne avec un vin abondant. Le 5 novembre débute une vague de froid, premier signe d'un hiver glacial !

L'hiver 1740 est mémorable car il est extrêmement rigoureux et surtout très long; il y a beaucoup de neige en janvier et en février mais il continue de geler jusqu'en mars; on a pu relever une période de 9 semaines consécutives de gel et le 15 mars l'ensemble des cours d'eau est encore pris dans les glaces. Le printemps et l'été sont très frais; les vendanges sont compromises car l' automne est tout de suite glacial dès le 8 octobre, ce qui détruit aussi en partie la récolte des fruits. La disette est de nouveau à l'ordre du jour jusqu'en 1741.

Après cette première vague de froid, c'est le retour de pluies fortes et d'inondations : les 16 et 17 octobre les crues touchent davantage la Lorraine; Mirecourt dans les Vosges est sous les eaux. De nouvelles crues ont lieu en décembre dans toute la région : le barrage du Ballon finit par céder et ses eaux dévalent vers la plaine en ravageant Lauterbach, Lauterbach-Zell, Sengeren, Issenheim......; la ville de Guebwiller échappe à la catastrophe grâce à la robustesse de ses remparts suffisamment solides pour détourner la fureur des flots boueux. Le 21 décembre Metz et Verdun sont également sous les eaux.

Les deux premiers mois de 1741 sont très froids; il y a encore des gelées en avril et très tardivement en mai. L'été est caniculaire et très sec, presque sans le moindre orage. A la  fin décembre il fait un temps glacial et les rivières sont rapidement gelées. En 1742, du 2 au 25 janvier, le froid est intense puis l'hiver prend une tournure plus modérée. L'été est de nouveau caniculaire et les campagnols finissent par pulluler. Le typhus fait des ravages en Alsace.

Nouvel été caniculaire en 1743 : les moissons sont bonnes, les vendanges également et la disette se résorbe. L'année 1744 est également une très bonne année avec un temps dans l'ensemble favorable : les moissons sont abondantes et les vendanges excellentes. Une grande  comète passe dans notre ciel, bon ou mauvais présage ?

Rien ne semble bouleverser l'année 1745 qui connaît des conditions météorologiques dans les normes. Ce n'est qu'en 1746 que les orages avec de la grêle et parfois des grêlons saccagent localement villes et villages : la grêle fait d'énormes dégâts dans les villages et les vignes de Sigolsheim, Riquewihr, Bennwihr, Kientzheim et Kaysersberg. Des grêlons s'abattent sur la région de Colmar, certains pèsent près d' 1 kg; des chevaux sont tués par ces projectiles meurtriers dans le Ried. La foudre détruit la tour romane de l'église du Dompeter à Avolsheim, l'une des plus anciennes églises d'Alsace subsistant de nos jours.

Pour 1747 tout paraît « anormalement » normal mais 1748 subit un hiver très froid, principalement en janvier : le gel intense fait beaucoup de dégâts dans les champs mais aussi dans les vignes qui sont en partie gelées. Des tempêtes de vent font suite à cet assaut sibérien. En juin il fait déjà très chaud mais l'été rentre dans le rang, sans excès. A cause du risque de famine, l'exportation de pommes de terre est strictement interdite en Alsace. En 1749 c'est d'abord la douceur qui prédomine en hiver puis le temps se rafraîchit jusqu'au mois de juin; la vigne n'arrive à fleurir qu'au mois de juillet, ce qui est extrêmement rare. Les récoltes et les vendanges sont médiocres.

Dès 1750 la fraîcheur se renforce encore durant les mois de printemps, tendance qui va se prolonger jusque vers 1800. A Strasbourg on est de nouveau obligé de lutter contre la mendicité aggravée par l'afflux de pauvres venus des campagnes; ceux-ci sont obligés de travailler pour la municipalité avec un statut de mendiant-ouvrier. 1751 est marquée par un mois d'avril pluvieux avec de nombreuses inondations. L'année reste pluvieuse dans l'ensemble: malgré un court été sec et chaud, l'automne est très, très humide. Les moissons sont pauvres, les vendanges sont maigres. En novembre la neige tombe abondamment mais un brusque dégel, lors d'un redoux important, provoque de nouvelles crues dans toute la région. Près de Colmar, l'Ill se déchaîne sur le pont de Horbourg qu'elle finit par emporter.

 


  par beck
 
    2] le climat de 1752 ├á 1777 en Moselle Alsace


Le climat de 1752 à 1777 en Alsace-Moselle

                                                    La 2e moitié du XVIII e siècle (1ère partie)

 

de 1752 à 1756 : des années sans grand caractère

 

L'année 1752 est plutôt favorable; en tout cas, les vendanges sont citées comme étant très bonnes en Alsace. Par contre, 1753 est une année sèche avec des moissons médiocres; mais les vignes profite du soleil et les vendanges sont d’un bon niveau. Le vignoble alsacien a d'ailleurs tendance à se développer et à s'étendre en superficie à cette même époque. L'année 1754 n'a guère fait parler d'elle alors que 1755 est connue pour ses crues brutales du mois de janvier lors de redoux, ceci dans une ambiance de temps  très froid donnant des moyennes inférieures de 6°C environ aux normes en janvier et février. Le beau temps revient rapidement dès le printemps avec un mois d’avril plus chaud  de  4°C en moyenne et un mois de juin très beau : les moissons et les vendanges sont de nouveau bonnes. C'est cette année-là que l'on tue l’un des derniers ours alsaciens dans le Val de Munster; 6 de ces grandes bêtes ont été occis durant les 30 dernières années, les ours sont donc en voie de disparition depuis un bon moment dans la région. Septembre et octobre sont frais et décembre déjà froid.

 

En 1756 les moyennes du mois de janvier sont  au-dessus des normes mais le temps est capricieux, les contrastes sont saisissants en janvier, avec les rivières prises dans les glaces par moment. Au mois de février une forte tempête traverse notre région puis le temps devient plus calme; le début de printemps est froid avec des moyennes inférieures de 3°C en mars et avril. L'été est chaud avec un temps lourd, fréquemment orageux, même si le mois d’août est beaucoup plus tempéré ; localement, ces orages accompagnés de grêle font de gros dégâts dans les cultures. On ressent également chez nous l'onde de choc du terrible tremblement de terre qui détruit la ville de Lisbonne au Portugal. Dès octobre la fraîcheur s’installe, surtout les deux derniers mois de l’année qui révèlent des moyennes inférieures de 3 à 4°C.

 

De 1757 à 1761 : une série d'années chaudes avec des vendanges en général précoces

 

L’hiver 1757 est froid dans l’ensemble avec des moyennes inférieures de 3 à 4°C jusqu’à la fin mars. L'été 1757 est caniculaire comme ailleurs sur toute l'Europe, avec des températures bien supérieures à celles que nous avons connues en 2003. C'est le mois de juillet qui est le pire; la terre se dessèche complètement, le raisin est comme brûlé sur les ceps, ce qui compromet les vendanges; les feuilles finissent par tomber des arbres comme en automne à cause du manque d'eau. Dès août, le temps change et les températures sont plus basses que les normales, de même en automne, surtout en octobre. Décembre est également plus froid que d’habitude. En 1758, si le mois de janvier est neigeux et très froid, février est par moment remarquablement doux alors que les moyennes du mois restent inférieures de 3°C ; le mois de mars redevient froid avec un début de printemps plutôt raté jusqu’en avril. Les pluies et les inondations sont fréquentes en Alsace. En juillet le temps reste très frais avec des moyennes inférieures de 5°C, la fureur des flots du Rhin ravage les villages de Herrlisheim, Gambsheim, Offendorf et La Wantzenau dans le Bas-Rhin. Les moissons et les vendanges sont pauvres car le temps frais puis froid dès novembre persuste jusqu’à la fin de l’année.

 

En 1759 l’hiver est sans excès mais en moyenne plus froid de 1 à 2°C selon les mois et ceci jusqu’à la fin mars ; l'été est de nouveau chaud et lourd surtout en juillet avec de fréquents et violents orages. Le 27 juillet la foudre met le feu à la tour de croisée et au toit de la cathédrale de Strasbourg. Le 15 septembre c'est de nouveau la foudre qui pulvérise un pilastre de la flèche de la cathédrale; on s'empresse de réparer les dégâts. Cette année-là les souris pullulent  et s'acharnent sur les cultures, menaçant également les stocks. Novembre et décembre sont plus froids qu’habituellement de 3 à 4°C en moyenne. L'hiver qui suit en 1760 est froid,  avec des températures inférieures en moyenne de 2°C, mais plus grave encore, ce sont les 5 longs mois de  sècheresse qui suivent; le mois de juillet est exceptionnellement brûlant. On manque de foin, surtout en Alsace, mais les vendanges sont bonnes. On tue le dernier ours alsacien  au château de Baerenfels dans le Val de Munster.

1761, après un mois de janvier très froid, l’année connaît un été qui  reste tout aussi chaud et orageux; la foudre endommage l'église romane du XIIe siècle à Bischoffsheim. Ce n’est que la fin de l’année qui est plus froide, surtout en décembre où les moyennes sont inférieures de 5°C aux normales de saison.

 

De 1762 à 1777 : suite d'années pluvieuses et en général plutôt froides

 

En 1762 l’hiver est froid de janvier à mars avec des températures inférieures de 2 à 3°C aux normes ; ensuite le temps prend un caractère pluvieux mais les orages parfois violents sont aussi de la partie en été, principalement en juillet qui est bien plus chaud que d’habotude. Dès septembre le temps est frais et le mois de décembre prend un caractère nettement hivernal avec des températures inférieures de 6°C aux moyennes. En 1763 l'hiver est très froid, surtout en janvier qui connaît des températures moyennes inférieures de 7°C ; mais le printemps qui suit reste dans le même registre quasiment hivernal surtout en mars qui ressemble plus à un mois de janvier qu’à un mois de printemps car il est de 3°C à  4°C sous les normes; après un mois de juin assez frais, suit un été pluvieux mais tout de même assez chaud, principalement en août ; la pluie n'a heureusement pas le temps de compromettre les moissons qui sont plutôt bonnes. Par contre, c'est raté pour les vendanges car le raisin n'arrive pas à maturité. L’automne est de nouveau plus frais en moyenne de 3°C sauf au mois de décembre qui se montre relativement doux.

 

En 1764 l'hiver est très contrasté avec un mois de janvier capricieux, en moyenne assez doux, comme le mois de février qui est en plus très pluvieux. Le mois de juin est déjà très chaud, ce qui favorise les moissons, mais le reste de l'été est mitigé, surtout en juillet qui est de 2°C sous les normes. L’automne est de nouveau frais de septembre à novembre, avec des températures de 2 à 4°C inférieures selon les mois. L'année 1765, fait subitement exception, après un mois de janvier plutôt doux et un mois de février froid, car une sévère canicule se déclare en juin ; les plus fortes chaleurs sont relevées au mois d'août même si ce mois est assez capricieux: on mesure  des pics de plus de +40°C en Lorraine. On commence à manquer de bétail dans la région et l'exportation de bêtes est strictement interdite par les autorités qui sont même obligées d'importer de quoi étoffer le cheptel alsacien. Novembre et  décembre sont froid, de 3 à 4°C sous les moyennes.

 

Janvier 1766 est extrêmement froid, il est exceptionnel avec près de 9°C sous les moyennes; le 10 janvier on constate une moyenne journalière de -10°C; l'hiver sera très long car il s'éternise jusqu'à la fin mars, février étant également sous les normes de 5°C, mars de 3°C. L'été est très brumeux et pluvieux de juin à juillet surtout, tendance qui va s'accentuer au cours des années jusqu'en 1777. Il y a également des inondations au mois de juillet. A fin de l’automne c’est de nouveau le froid qui prédomine en novembre et décembre. L'hiver 1767 est très froid en janvier avec des moyennes inférieures de 7°C: du 6 au 22 janvier le froid est extrêmement rigoureux et il neige abondamment; les rivières sont toutes gelées en Lorraine. Après un mois de février plus conforme aux normes de saison, l'hiver traîne en longueur en mars et le printemps, digne de ce nom, n'est effectif qu'à la fin du mois de mai où l'on connaît tout de suite les premières chaleurs, sans transition. Le 25 juin il fait +39°C en plaine d'Alsace, record plusieurs fois atteint en juillet et en août de cette année-là. En juin, mois qui se montre  encore très capricieux,  ont également lieu des inondations, surtout en Lorraine, mais l'été reste très chaud jusqu'en septembre. Octobre et novembre sont de nouveau pluvieux avec des inondations qui frappent davantage la Lorraine. A cause de la disette, toujours d'actualité, qui ruine les familles de fermiers, après une suite de mauvaises récoltes, il est édicté un Règlement Général pour la Suppression de la Mendicité. Décembre 1767  est déjà très froid, de 4°C sous les normes.

 

Janvier 1768 est également très froid  surtout en janvier avec les rivières gelées, les moyennes étant de  plus de 4°C inférieures; mais l'été est plus agréable avec les orages habituels. La foudre tombe  sur la petite église du Dompeter près d'Avolsheim, l'une des plus anciennes d'Alsace existant encore de nos jours; elle est très endommagée. Décembre est de nouveau bien froid. L'année 1769 subit un très mauvais temps permanent avec un hiver assez froid et un mois de mars toujours hivernal; juin reste  frais et octobre est carrément froid avec plus de 5°C sous les normes ; les récoltes sont insuffisantes et cela provoque une très forte hausse des prix des denrées alimentaires. Les années qui suivent ne sont pas plus engageantes: 1770 connaît un hiver froid jusqu’à la fin avril et une nouvelle fois de mauvaise récoltes par un temps frais et humide généralisé en juin et juillet ; des épidémies se déclarent et menacent davantage les Lorrains. En 1771 c'est çà peu près le même scénario avec un hiver froid sans excès mais long car le mois d’avril a un caractère encore bien hivernal avec des températures de 3°C sous les moyennes : à noter que cette année-là on tue l’un des dernier grands loups qui écumaient notre région, cela se passe à Tannenkirch dans le Haut-Rhin. Alors que novembre est déjà très froid, le mois de décembre rentre dans les normes.

 

En 1772 l'hiver est très neigeux, froid en janvier, entrecoupé de courtes périodes de redoux qui provoquent des inondations à cause de la fonte brutale du manteau neigeux, surtout en Lorraine. Le printemps qui suit reste frais  en avril et mai puis de fortes chaleurs apparaissent  dès le mois de juin: on passe pratiquement de l'hiver à l'été sans transition. Si les récoltes sont abondantes en Lorraine, l'Alsace est moins favorisée et la pénurie n'arrive pas à se résorber; les autorités interdisent l'exportation des pommes de terre qui doivent servir à nourrir la population locale. Malgré cela les gens meurent de faim et une révolte paysanne, née dans le village d'Eywiller, éclate dans le comté de Sarrewerden, partie de l'actuelle de l’Alsace Bossue; elle est réprimé durement. Les épidémies aussi restent d'actualité et on tue encore un loup à Wasserbourg dans le Haut-Rhin.

 

L'année 1773 est bien plus calme ; après un mois de janvier doux, février se montre très froid et mars reste hivernal ; des gelées tardives, notamment celles du 7 mai, gâchent un peu la première bonne impression d’un beau printemps pour les dégâts causés dans les vignes, notamment en Lorraine. Peu après il tombe de violentes chutes de grêle et même localement de la neige, avant de très fortes chaleurs qui atteignent presque sans transition des températures de +39°C; mais juin, juillet et août restent plutôt frais dans l’ensemble et c'est le mois d'août qui est encore le plus agréable. Après un automne conforme, le mois de décembre est au-dessus des normes de saison.

 

Si 1774 semble encore plus calme, il faut relater cependant les ravages d’un ouragan, accompagné de grêle, qui s'abat sur le petit village montagnard de Grendelbruch où un torrent de boue dévale les pentes en recouvrant les prés et les champs et en tuant une partie du bétail. Les deux derniers mois de l’année sont  déjà froids, surtout en décembre où l’on connaît des températures inférieures aux normales de 3 à 4°C.  La fin de l'hiver suivant, en 1775, est également marquée par des ouragans et par des inondations plus sévères en Lorraine, principalement en février qui est un mois assez doux; en mai l'hiver refait même un retour en force et le 20 du mois il neige en Lorraine où l'on mesure localement une couche de 15 cm au sol, mais ce n’est qu’un coup de froid passager. En juillet c’est la grêle qui ravage totalement les récoltes d'Offendorf et de Herrlisheim. Novembre et décembre sont de nouveau plus froid que d’habitude mais bien moins que l’année précédente.

 

L’hiver 1776 est rude surtout en janvier où les moyennes sont de 6°C inférieures aux normales, avec de très fortes gelées du 9 janvier au 6 février, les plus intenses ayant lieu à partir du 25 janvier avec des pointes à -22°C ; le 1er février il fait en moyenne -18°C dans la région et on a pu relever -22,5°C à Nancy. Les rivières sont complètement gelées. Le printemps, surtout les mois de mai et de juin, et tout l’été restent frais et pluvieux  par la suite : une invasion de souris concerne  la région mais à ce fléau s’ajoute une invasion de sauterelles sur la Lorraine. Les récoltes sont mauvaises.

 

En 1777, après deux mois froids, de 3°C sous les normes, il y a encore des gelées au mois d’avril qui reste frais; l’été est nettement plus frais que d’habitude en juin et juillet avec un retour d’un peu de chaleur au mois d’août ; mais le temps ne permet pas de bonnes récoltes ; les vendanges tardives sont pauvres et les prix des denrées alimentaires culminent au désespoir des pauvres gens. Une nouvelle révolte paysanne, rapidement réprimée, a lieu dans le Val de Munster et des troublent dus à la faim éclatent également à Sélestat. Des inondations ont lieu, comme celle de la Thur qui déborde à Thann, emportant en partie l’Hôtel de Ville et les Archives. Décembre se montre de nouveau très froid.

 


  par beck
 
    3] le climat de 1778 ├á 1789 en Moselle Alsace


Le climat de 1778 à 1789 en Alsace-Moselle

                                                    La 2e moitié du XVIII e siècle (2e partie)

 

                                                            Le temps jusqu'à la Révolution française

de 1778 à 1781 : dernière série de temps chaud du siècle

 

Dans cette période les températures moyennes annuelles sont d'environ 3°C supérieures aux normes, ce qui est vraiment extraordinaire ! En 1778, après une hiver pourtant très froid, surtout au mois de janvier avec des moyennes de 5 à 6°C inférieures, le  temps devient caniculaire en juillet et le mois d'août est à peine moins chaud; les vendanges sont précoces comme elles le seront d'ailleurs sur toute cette période jusqu'en 1781, avec, ce qui ne gâte rien, des vins de qualité ! Mais l'automne connaît des pluies parfois torrentielles qui causent de grands dégâts, notamment les 25 et 26 octobre où la Lorraine se retrouve en partie sous les eaux. L'Alsace n'est pas épargnée; la Thur recouvre  la ville de Thann de ses eaux boueuses, entraînant dans son lit des parties de l'Hôtel de Ville qui avait déjà bien souffert les dernières années. Le lac du Ballon finit par déborder pour inonder la vallée de Guebwiller; les peupliers, plantés à travers toute l'Alsace le long des cours d'eau pour sécuriser les berges sur ordre de l'Intendant d'Alsace, n'auront, en fin de compte, pas pu résister à la fureur des flots. Pour finir l’année, décembre connaît un temps plutôt doux pour la saison.

 

En 1779 l'hiver est glacial en janvier avec des températures moyennes inférieures de 7 à 8°C; après un printemps correct et un mois de juin frais, l'été est de nouveau trop chaud, surtout en août; une épidémie de dysenterie se déclare et fait de nombreuses victimes dans la population. Le 30 juillet, un violent orage de grêlons, gros comme des oeufs, s'abat sur la ville de Nancy; une violente tornade arrache les arbres et les toits des maisons dans les environs de Metz. Cette année connaît aussi de très bonnes récoltes et des vendanges exceptionnelles, ce qui provoque même une surabondance de vin. Décembre est exceptionnellement doux.

 

En 1780 le temps suit le même scénario avec un hiver froid de janvier à février, de 4°C environ sous les normes; le mois de mars, par contre, est assez doux. De fortes chaleurs marquent le printemps et l'été de mai à septembre. Les vendanges précoces sont de nouveau exceptionnelles. La pénurie alimentaire est entièrement résorbée. Malgré le temps chaud, des pluies, parfois diluviennes localement, provoquent des crues qui ravagent l'Alsace, notamment celle de la Thur qui engloutit définitivement les derniers vestiges de l'Hôtel de Ville. Novembre et décembre 1780 sont assez froids, de 3°C sous les normes. L'année 1781, par contre, est tout à fait conforme aux normes des saisons, sans grands écarts et sans problèmes particuliers à signaler.

 

De 1782 à 1784 : un temps très, très capricieux

 

Si janvier 1782 est assez doux, ce n'est pas le cas pour le mois de février qui devient glacial avec des moyennes inférieures de 5 à 6°C; le temps va rester frais jusqu'à la fin avril. Ensuite le printemps devient vite orageux et les grosses chaleurs vont s'intensifier en juillet. Puis, brusquement, le temps change au mois d'août en devenant pluvieux et frais ; c'est pourquoi les productions agricoles sont mauvaises : peu de blé, pas plus de pommes de terre, la nourriture des pauvres; les vendanges sont également mauvaises. Dès octobre il fait très frais et le mois de décembre prend un caractère tout à fait hivernal.

 

En 1783 ce sont les gelées tardives qui marquent un printemps hésitant avec de fréquents brouillards. En été le temps devient  chaud surtout en juillet, tout en restant humide; du 11 juin à la fin du mois d'août la Lorraine se retrouve sous une chape de nuages bas et de brumes constantes avec très peu de vent, ce qui favorise la stagnation de la grisaille. Cependant les moissons, les récoltes et les vendanges se situent parmi les plus généreuses du siècle car le temps est resté suffisamment chaud. Dès octobre de bonnes gelées sont constatées, novembre et décembre sont bien plus froid qu'habituellement. Mais une véritable vague de froid s'abat sur la région dès le 26 décembre,  avec d'abondantes chutes de neige dès le 27, comme sur une grande partie nord de la France. Le 30 décembre il fait -20°C en plaine d'Alsace.

 

L'hiver 1784 dure de janvier au mois d'avril; il est marqué par un froid sévère présent jusqu'au 17 février; mais le froid, qui devient plus modéré,  n'a pas dit son dernier mot puisqu'il gèle encore au mois d'avril. Le sol est gelé en profondeur, jusqu'à 65 cm par endroit, et l'épaisse couche de neige qui recouvre la région va tenir jusqu'au 27 février; au redoux, le Rhin déborde et inonde la plaine d'Alsace. Le commencement du printemps reste froid puis le temps devient chaud en juin après un début de sècheresse amorcé depuis le mois de mai. Le mois d'août est de nouveau plus frais mais pour l'agriculture ce n'est pas vraiment une bonne année car il y a trop peu de foin, surtout en Lorraine, et les vendanges n'atteignent que la moitié d'un rendement normal. L'automne est déjà froid en octobre: de fortes gelées ont lieu les 16 et 17 octobre, ce qui provoque la chute brutale et rapide des feuilles; le 26 octobre tombent les premières neiges. Le mois de décembre est de 3°C sous les normes : la neige recouvre toute la région dès le 11 décembre avec l'apparition de grands froids; le 31 décembre il fait -18°C en Lorraine.

 

De 1785 à 1789 : suite d'années de mauvaises conditions météorologiques

 

L'hiver 1785 est très rigoureux jusqu'au 11 janvier mais il reste modérément froid par la suite avec des brusques redoux en février, accompagnés d'inondations; puis le froid reprend de plus belle et va traîner en longueur jusqu'au mois d'avril; les moyennes du mois de mars, très hivernal, sont de 8 à 9°C sous les normes. L'été se montre très sec mais trop frais et les récoltes sont insuffisantes. Le ravitaillement de la région est nécessaire pour éviter la famine. Novembre et décembre sont de nouveau plus froids que d'habitude.

 

En 1786 un froid modéré règne en hiver jusqu'au mois de mars; du 13 au 16 mars la Lorraine est recouverte d'une couche de neige et de même du 27 au 30 mars.  On constate également des gelées tardives menaçant le potentiel agricole. Le printemps et l'été sont très frais, il gèle encore en Lorraine le matin les 6,7 et 9 juillet; les mois de juillet et août sont parmi les plus frais du siècle.  Il se produit également une violente tempête de vent qui arrive à renverser l'obélisque érigée en 1782 à Drusenheim en l'honneur du Maréchal de Turenne. Le temps maussade et frais provoque de mauvaises récoltes alors qu'une partie du raisin pourrit sur les ceps  car l'automne reste très frais et humide.

 

L'hiver 1787 se montre rude, surtout en janvier, et notre région vit sur ses réserves. L'année reste fraîche et humide: le temps est pluvieux de mai à septembre alors que les mois de juin et de juillet ont des moyennes bien sous les normes. Les récoltes ne sont guère meilleures que les années précédentes et les vendanges s’avèrent médiocres. Le mois de décembre, par contre, est exceptionnellement doux.

 

En 1788 le temps est à peu près dans les normes mais, après les mois de janvier et février doux, mars est bien trop frais; mai et juin connaissent déjà de fortes chaleurs mais le temps est aussi trop sec avec un afflux d'air torride provenant d'Afrique du Nord au mois de juillet. C’est le 13 juillet qu’une vague d'orages atteint la région avec de la grêle et des vents violents qui détruisent localement le potentiel de récoltes de cultures en partie déjà échaudées par un soleil brûlant. Le déficit des récoltes est si important  que le ravitaillement n'y suffit pas et que la disette s'installe cruellement sur la région comme sur une grande partie du pays. Pour ne rien arranger, le 10 novembre marque le début d'un nouvel hiver glacial; la neige recouvre le sol dès le 21 novembre et une terrible vague de froid s'acharne sur notre contrée dès le 26 du mois. Ce froid glacial va durer 65 jours consécutifs et les cours d'eau vont rester gelés du 26 novembre au 20 janvier 1789, sans interruption. Le déficit des températures moyennes de décembre est de presque 11°C. Le 31 décembre il fait en moyenne -19°C en Lorraine mais entre -21 et -22°C localement en Alsace. Cet hiver porte le coup de grâce à la population déjà bien éprouvée les années passées; le sentiment de révolte, latent depuis longtemps, ne demande qu'à s'exprimer, si besoin est par la violence, dans cette période où le roi de France joue avec les nerfs du Tiers-Etats.

 

L'hiver rigoureux de l'année 1789 baisse d'intensité après le 20 janvier où se produit un cours redoux; le mois de mars est de nouveau froid, aggravant encore la disette qui est terrible puisque les autorités n'ont plus même la possibilité d'assurer le ravitaillement; s'ajoutent à cela la flambée des prix, l'inflation et le marasme économique qui ne font qu'accentuer la période de crise qui débouche  sur la Révolution française, d'autant plus qu'une nouvelle fois les récoltes seront manquées.


  par beck