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    1] le climat en Moselle Alsace de 1415 ├á 1450


Le climat de 1415 à 1450 en Alsace-Moselle

La première partie du XVe siècle

 

de 1415 à 1435 :  période où prédomine le beau temps ensoleillé au printemps et en été

Cette tendance plutôt agréable à vivre et très favorable à l'agriculture ne signifie pas pour autant qu'il n'y a pas eu des écarts parfois brutaux par rapport à la norme ou des phénomènes plus ou moins violents.

Déjà en 1415, s'il fait beau et chaud en été, une crue subite du Rhin vient inonder une grande partie de la plaine d'Alsace avec des dégâts importants aux cultures. En 1416 la peste refait son apparition dans la ville surpeuplée de Strasbourg ; certains milieux fermés sont alors durement frappés comme la communauté des Clarisses entièrement décimée par le fléau : leur couvent est définitivement fermé faute de religieuses. En 1417 c'est au tour du virus de la grippe de frapper la population : il fait des ravages à travers toute l'Alsace.

1419 fait vraiment exception car c'est une année assez pluvieuse, les vendanges sont mauvaises comme dans le reste de l'espace rhénan. L'archevêque de Cologne, ayant épuisé ses réserves de vin, est obligé d'acheter ce noble breuvage aux négociants strasbourgeois qui, heureusement pour lui, avaient encore de bons tonneaux en stock.

Dès 1420 les étés beaux et chauds continuent d'ensoleiller l'Alsace et la Moselle ; après un hiver 1420 rude avec beaucoup de neige, le temps devient brusquement chaud en février et cela va durer jusqu'en mai; l'été est précoce et le raisin alsacien  est déjà mûr fin juillet.

Parallèlement  on note une avancée des glaciers alpins qui se produit d'une manière progressive jusque vers 1530 / 1550: ceci est probablement dû aux abondantes précipitations notées dans cette période où les étés sont bien plus chauds qu'à l'accoutumée.

En 1421 c'est la fin de l'année qui est pluvieuse avec des crues qui perturbent davantage la Lorraine et le massif vosgien; la Moselle sort de son lit du 4 au 13 décembre et la ville de Metz reste longtemps sous les eaux.

L'année 1422 commence plutôt bien, c'est une année chaude, l'été est radieux mais trop sec. Janvier 1423 est cité comme un mois très froid, les glaces figent les rivières et même le Rhin; il neige beaucoup et cela dure jusqu'au 25 mars; malgré cela le printemps et l'été sont à la hauteur de leur réputation et la série des printemps doux et des étés chauds s'accélère même jusqu'en 1428.

L'année 1424 ne déroge pas à la règle en se montrant particulièrement chaude, surtout en été, alors que l'année 1425 subit, à son tour, un hiver très froid avec de gros dégâts causés dans le vignoble par un gel intense et durable.

En 1426 la peste est de retour pour  deux longues années et frappe  plus durement la ville de Strasbourg et la région du Kochersberg, 1427 étant le point culminant de l'épidémie ; un chronique, peu fiable, avance le chiffre de 15.000 décès dus au fléau pour Strasbourg (et ses territoires, ou la région ?).

L'Alsace, durant l'hiver 1428-1429, a subi les chutes de neige les plus durables jamais répertoriées dans la ville; en effet, à partir du 15 décembre, la neige commence à tomber d'une manière intermittente pendant 32 jours d'affilée et chaque déplacement sera une épreuve de force tant les rues et routes sont encombrées de neige et de glace. Début 1429 il y aura jusqu'à 1 mètre de neige au sol aux alentours du 15 janvier, c'est dire !

L'hiver 1430 est de nouveau cité comme un hiver froid mais l'été qui lui succède est très chaud, trop chaud même; les cultures sont brûlées par le soleil, l'eau vient à manquer, le vin est rare et se conserve très mal car il devient vite aigre; de plus, des crues du Rhin commettent de nouveaux dégâts dans la plaine comme à Niffer qui est de nouveau l'un des villages les plus touchés par la fureur des eaux.

Les viticulteurs se rattrapent en 1431 avec des bonnes vendanges bien abondantes et l'on libère allègrement tonneaux et barriques du mauvais vin de 1430 pour y  mettre le précieux vin de l'année; le mauvais vin sert à faire un peu n'importe quoi, y compris le mortier de certains chantiers de construction; il y a malheureusement une surproduction de vin qui provoque une chute des cours.

Fin 1431 s'annonce un hiver froid et le gel persiste jusqu'au mois de mai 1432. Ce n'aurait pas été si grave que cela, si la région n'avait pas connu les inondations qui ont suivi la mauvaise saison et si l'été n'avait pas été tout simplement pourri : le mois de juillet fut un des plus terribles mois d'été  avec 24 jours de pluie d'affilée ; les récoltes sont dans l'ensemble très pauvres.

L'hiver 1433 est froid, les rivières sont gelées ; en Alsace les gelées tardives minent la production agricole qui repose sur de très mauvaises récoltes.

L'année 1434 est douce les  6 premiers mois puis très chaude en été; à partir du 24 novembre débute un hiver très long et froid; dès le 4 décembre le gel devient intense et cela va durer exactement 3 mois et 3 jours; la Moselle, comme toutes les rivières de la région, est totalement gelée, y compris dans la ville de Metz, de décembre  au 10 février 1435. De grandes quantités de neige tombent durant la mauvaise saison.

De 1435 à 1450: mauvais temps et famine

Le temps se gâte vraiment à partir de 1437 avec du très mauvais temps qui persiste 2 années de suite; les récoltes s'en ressentent immédiatement, elles sont très mauvaises et bien sûr déficitaires; il s'en suit une cruelle famine qui dure jusqu'en 1438 alors que, face à la pénurie, les prix amorcent une hausse importante dans la région. La Lorraine souffre de nouveau d'un tremblement de terre et, à Metz, on déplore la destruction de nombreux édifices.

On note encore des gelées au mois de juin 1438 et l'été reste froid et pluvieux comme celui de 1437 ; les récoltes trop maigres n'arrivent pas à subvenir aux besoins de la population. L'endettement des agriculteurs ruine la profession et les gens désespérés s'en prennent de nouveau aux usuriers juifs. L'antisémitisme ne reprend pas seulement dans les campagnes mais gangrène aussi les villes :  à Strasbourg tous les juifs sont de nouveau expulsés hors des remparts.

Pour lutter contre la famine on sait qu'il faut faire des stocks quand le temps est favorable : c'est dans cet état d'esprit que la municipalité de Strasbourg fait construire un nouveau Grenier d'Abondance (qui existe toujours de nos jours), vaste et  moderne, pour pouvoir stocker un maximum de vivres. La ville incite également les plus riches bourgeois à faire des réserves de leur côté; c'est une politique saine mais qui se montrera vite insuffisante dans les temps de disettes à répétition.

En 1442 l'Alsace-Moselle connaît un hiver froid et neigeux et dès le 25 novembre de cette année un nouvel hiver rude, tout aussi neigeux, montre le bout de son nez (gelé?), surtout à partir du mois de décembre. Les fortes gelées durent jusqu'au 5 janvier 1443 avec de nouveau une couche d'un mètre de neige au sol par endroit; l'hiver devient  moins rude mais reste toujours froid jusque fin février; les rivières sont prises dans un étau de glace.

1444 est enfin une bonne année avec de bonnes récoltes pour le blé et les fruits, moins bonne toutefois pour les vendanges; on fait des stocks partout autant qu'on le peut mais la bonne nouvelle s'ébruite vite et cela attire des troupes de mercenaires venues se ravitailler aux frais de l'habitant, mais cela , c'est une autre histoire !

1445 connaît un été frais et les vendanges sont tardives alors que l'année 1446 est une grande année de sècheresse avec des vendanges pauvres ; le vin est bon mais en trop faible quantité. Il faut attendre 1447 pour revenir à une belle année chaude sans excès avec un été digne de ce nom.

L'été 1448 est de nouveau frais avec des vendanges maigres et, en fin d'année, l'hiver se montre déjà rude; 1449 commence ainsi dans la froidure et la neige. L'été qui suit n'est pas meilleur que l'été 1448 et les vendanges sont de nouveau mauvaises. Enfin 1450 est le point culminant de cette période de mauvais temps.


  par beck
 
    2] le climat en Moselle Alsace de 1450 ├á 1500


Le climat de 1450 à 1500 en Alsace-Moselle

La deuxième partie du XVe siècle

 

L’année 1450 : 

C’est une année-clef puisque cela correspond au point culminant du mauvais temps qui sévit sur l’Alsace-Moselle depuis plus de 20 ans  comme d’ailleurs sur l’ensemble de l’Europe. De grandes réserves alimentaires sont constituées, dès que faire se peut, dans notre région depuis quelques années pour parer au mieux aux conséquences des crises alimentaires, mais il faut également noter que la spéculation a malheureusement pris le dessus sur l’esprit de solidarité : ainsi les grains se vendent très (trop) chers en période difficile, ce qui enrichit encore davantage les plus nantis, notamment la riche bourgeoisie, la noblesse et même les hommes d’Eglise (couvents, chapitres, clergé…) qui tirent tous leur épingle du jeu alors qu’une grande partie de la population n’arrive qu’à peine à subvenir à ses besoins.

Cependant 1450 est aussi l’amorce d’une reprise économique après des années de récession ; c’est aussi le cas dans la viticulture où les Alsaciens font de gros efforts pour améliorer la qualité de nos vins, principalement, il faut l’avouer, à cause de la concurrence des vins étrangers (à la région) qui grignotent de sacrées parts de marché. Par ailleurs on commence à planter un nouveau cépage, le muscat, pour diversifier la production.

De 1450 à 1465 : suite de la période de mauvais temps à laquelle s’ajoutent aussi des hivers froids.

A partir de 1450, même si le mauvais temps a tendance à régresser progressivement, les conditions climatiques restent dans l’ensemble plutôt difficiles. Ainsi deux années, 1453 et 1456, sont connues pour avoir eu des hivers froids suivis d’étés frais défavorables à l’agriculture et plus spécifiquement au vignoble car les vendanges ont été vraiment mauvaises ces deux années-là.

En 1457, dès le 24 novembre, débute un hiver encore plus rigoureux qui se prolonge jusqu’à la fin février 1458 : il tombe beaucoup de neige et les cours d’eau sont pris par les glaces. Avec le retour du printemps se met en place un temps stable sans réelles précipitations du printemps à l’automne ; ceci débouche sur une sècheresse qui dure d’avril  jusqu’au 15 octobre plus particulièrement en Lorraine qui est davantage touchée que l’Alsace. Autant dire que la pénurie est encore une fois le premier souci des gens.

Après une période de répit qui voit arriver en Alsace, en 1459, les premières populations de tsiganes venus chercher des conditions de vie meilleures, les hivers froids ne réapparaissent qu’à partir de 1465.

De 1465 à 1479 : retour à un temps plus propice à l’agriculture avec des étés chauds et secs

En 1465 l’hiver est cité comme étant très froid pendant 5 semaines d’affilée avec le gel total ou partiel des rivières sur tout le territoire. En 1468 c’est un scénario identique avec un hiver rude à partir du 13 janvier pour une durée de 2 mois. Mais les étés sont bons, les récoltes suffisantes et les vendanges plus que correctes…… seul bémol pour l’année 1468 : les campagnols pullulent et font des ravages jusque dans les greniers, surtout dans le Sundgau.

1469 connaît un nouvel hiver froid et long : en effet la mauvaise saison dure 19 semaines et ne prend fin, pour la Lorraine, que dans la première semaine de mai ; à cause des campagnols qui se nourrissent aussi sur les stocks, la famine gronde dans le Sundgau où a lieu un soulèvement de paysans acculés à la misère mais aussi surexploités par leur nouveau seigneur et maître ; ce mouvement de révolte est durement réprimé par le bailli du duc de Bourgogne qui avait acheté cette région aux Habsbourg. De plus, une nouvelle épidémie de peste se déclare en Alsace.

Les étés chauds se succèdent donc, celui de 1471 n’est pas un des moindres : pour preuve, les raisins sont mûrs en Lorraine entre le 22 et le 31 juillet. Alors que l’épidémie de peste persiste, frappant cruellement quelques localités, comme Rouffach en 1472, la chaleur estivale augmente encore au fil des ans : ainsi en 1473, toute l’Europe subit une terrible période de sècheresse qui dure plusieurs mois ; l’Alsace-Moselle ne fait pas exception car il y fait si sec que l’on déplore de graves incendies de forêts comme celui qui endommage le couvent du Mont Ste Odile en ravageant aussi les forêts à l’entour. Bien entendu les vendanges sont précoces, en Lorraine le raisin est mûr le 8 juillet 1473, c’est dire !

En 1476, comme ce sera le cas exactement 5 siècles plus tard, c’est une année de canicule, l’été est sec et brûlant, en Lorraine les champs se dessèchent, dans la région la production agricole est maigre et les prix repartent à la hausse jusque vers 1515. Enfin, 1479 connaît de nouveau un été chaud et sec.

Les années 1480 et 1481 : les années catastrophes

En 1480 l’hiver est très long et très froid, souvent neigeux jusqu’en plaine de janvier  au mois d’avril ; l’hiver est encore pire en Lorraine où les arbres fruitiers éclatent sous l’effet du gel intense et où mêmes des puits finissent par geler ! Les conditions météo ne s’améliorent guère par la suite avec 4 semaines de crues appelées le « Déluge du Rhin » : suite à un temps très pluvieux en juin, le fleuve sort de ses lits et inonde la plaine, plus gravement encore sur le nord du tronçon alsacien, de Strasbourg à Lauterbourg ; pendant une durée de 8 jours les courants sont si violents que beaucoup de gens périssent par noyade, comme à Schiltigheim, que des forêts entières sont déracinées par la fureur des flots, qu’une partie du bétail est décimé et qu’il n’y aura pratiquement pas de récoltes cette année-là; des villages sont rayés de la carte comme Neukirch près de Herrlisheim dans le Bas-Rhin qui est englouti à jamais. Le Haut-Rhin n’est pas épargné même s’il est moins durement touché,  il faut tout de même emprunter un bateau pour aller de Colmar à Ensisheim, à Mulhouse ou à Rouffach.

1480 est une année de misère pour la gente paysanne qui n’arrive plus à vivre de son travail, la pénurie est à son comble, les prix des céréales flambent ; ceux qui ont pu faire des stocks les années précédentes en profitent en vendant au prix fort le grain sensé assurer la survie des plus démunis. Dès Noël 1480 les fortes gelées reprennent déjà et, effectivement, l’hiver 1481 sera rude jusqu’à la fin février ; les ceps de vignes gèlent en maints endroits tant le froid est vif. La famine va encore s’aggraver.

De 1482 à 1490 : le yoyo climatique

1482 se montre sous des jours meilleurs, sans hiver rude,  avec un bel été et des vendanges précoces comme celles relevées en Lorraine où l’on vend du raisin mûr au marché de Metz dès le 2 juillet. Mais en 1483, si les vendanges sont de nouveau précoces car on cueille du raisin mûr dès le 21 juin en Lorraine, les moissons, quant à elles,  sont désastreuses et on arrive de justesse à sauver la population de la famine grâce aux autres récoltes qui sont bien meilleures.

En 1484 les vendanges sont exceptionnelles grâce à un bel été, ce sont les plus productives que l’on connaisse mais les prix du vin s’effondrent devant les énormes quantités  mises sur le marché, ce qui ne fait pas l’affaire des vignerons qui se sentent bien à l’étroit dans leurs tonneaux. En 1485, c’est tout le contraire qui se produit : l’été est pourri et les vendanges sont désastreuses, les prix du vin flambent littéralement ! Nos viticulteurs de savent plus à quel saint se vouer !

Les années qui suivent sont apparemment dans les normes alors qu’un nouveau fléau apparaît en Alsace dès 1486 : il s’agit de la syphilis transmise par la soldatesque ! Mais rien à voir avec le climat !

De 1490 à 1500 : de nouvelles années de pénuries dues au mauvais temps

C’est à cause du mauvais temps que de nouvelles séries de mauvaise récoltes engendrent disette sur disette avec une flambée des prix, notamment celui des céréales, pendant environ 2 années en Alsace ; en 1490 beaucoup de paysans sont tant dans la misère que la grogne monte avec des rumeurs de révolte qui circulent dans la région comme dans tout le sud de l’Allemagne ; dès  le 1er novembre de cette année un froid durable et des chutes de neige presque continues règnent sur la région jusqu’au 30 janvier 1491 ; c’est « l’Hiver des Grandes Neiges » qui connaît également un froid sibérien avec les rivières prises dans les glaces ; puis une brusque débâcle fait beaucoup de dégâts. Le froid reprend ensuite et dure jusqu’à la fin février. Le printemps et l’été ne sont pas à la hauteur, les moissons sont très mauvaises et les vendanges  désastreuses ; une nouvelle flambée affecte le prix du vin.

 En 1492, ça ne s’arrange pas, les moissons ne sont pas meilleures que l’année précédente  et la disette est totale ; ceux qui profitent des stocks qu’ils ont pu faire et les usuriers juifs se frottent les mains car ils font des profits considérables.

1493 est une année de sècheresse en Moselle – Alsace surtout au cours des mois de juillet et août où ne tombe pas la moindre goutte d’eau ; les rivières s’assèchent comme c’est le cas pour la Moselle qui est presque à sec à Metz. Les vendanges sont, par contre, excellentes et elles le resteront en général jusqu’en 1500 mais, à cause du peu de récoltes, la famine persiste et, dans la région de Sélestat, éclate la première révolte paysanne d’Alsace qui est durement réprimée. Puis en décembre de la même année, une grande vague de froid commence à sévir ; l’hiver 1494 est rigoureux et c’est le cas, aussi, pour l’hiver suivant car dès décembre 1494 le froid s’intensifie avec les rivières qui gèlent ; puis, en février 1495, le temps devient rapidement très doux et humide ; les récoltes de l’année ne sont pas bonnes et les vendanges sont pauvres.

En 1496, c’est le mois de février qui est très froid avec de fortes gelées mais le reste de l’année rentre dans les normes. En 1498 notre région vit une belle année propice à l’agriculture et, en Lorraine, on cueille le raisin à partir du 17 juin après un printemps extrêmement doux.


  par beck